3 Commentaires faut pas poussée du FN - 22/03/11
Dimanche, le Front National a claqué des purs scores au 1er tour des élections cantonales 2011. S’en sont suivies toutes sortes de réactions.
Celle qui me choque peut-être le plus, c’est celle selon laquelle il va de soi que le vote FN est un vote de ras-le-bol, un vote protestataire. Personne n’envisage que voter pour le Front National soit un vote de conviction.
Et pourtant. On considère bien que l’abstention est avant tout utilisée dans un but protestataire. Et on reproche bien à l’UMP d’encourager la population à considérer comme fréquentables des idées et thèses d’extrême droite, notamment en attisant la peur de l’autre. Pris à rebrousse poil, ce reproche signifie qu’on avait jusque là pour habitude de complexer, de culpabiliser les idées racistes. Ces gens qui, à peine encouragés dans les conversations banales du quotidien, vous disent qu’ils n’ont rien contre les Arabes, mais que quand même, c’est toujours d’eux que viennent les problèmes. Un jour, j’aimerais retrouver ce reportage d’Envoyé Spécial tourné lors des présidentielles de 2002. On y voyait des élus UMP tenir des propos racistes et déclarer comprendre, voire partager, un sentiment xénophobe (le bruit, l’odeur, les milliers d’euros de revenu des allocs, tout ça…)
Alors OK, l’abstention est record, majoritaire même. On ne peut donc soupçonner la grande majorité des Français d’être, a priori, sympathisante d’extrême droite.
Mais revenons à cette abstention. Qu’exprime-t-elle sinon le rejet de nos institutions démocratiques telles qu’elles (ne) fonctionnent (plus) aujourd’hui ? Je ne m’en cache pas, j’ai versé à plusieurs reprises dans ma vie d’électeur dans le choix de l’abstention (toujours par conviction, mais toujours à regret). Il y a quelque chose de totalement inacceptable, selon moi, dans le fait que la démocratie pour laquelle se sont battus nos ancêtres se résume systématiquement aujourd’hui à « voter pour le moins pire ». Le moins menteur, le moins pourri, le moins incapable. Jamais le meilleur.
En 2007, au 2ème tour, j’ai voté Ségolène Royal. Et putain que ça m’a fait mal ! Cette femme, je la trouvais (et la trouve toujours) incohérente, incapable, pas vraiment de gauche. J’ai voté pour elle car j’avais déjà ce pressentiment de tout le mal que Sarkozy ferait à la France, parce que j’avais au fond ce sentiment que de mauvaises idées de gauche vaudraient toujours mieux que des idées de droite. Mais au final, ce vote était une véritable déchirure, pas si loin du sentiment éprouvé en mettant un bulletin Chirac dans l’enveloppe en 2002.
Si aujourd’hui 55% de la population s’abstient, qui peut sincèrement affirmer que c’est par paresse d’aller aux urnes ? Le malaise est là, profond. Il y a sans doute un désespoir tel qu’il pousse des gens à penser que le FN ne pourrait pas faire pire à défaut de faire mieux. Encore une opposition « pire / mieux ». Ou peut-être un calcul : laisser le Front National accéder au pouvoir pour ressouder les républicains, pour refaire une révolution. Pas forcément con dans l’absolu, mais ultra dangereux,tout autant qu’utopiste.
Ce qui est certain, c’est que quelles que soient les motivations, quand on s’abstient, c’est un peu comme quand on abandonne en compétition sportive. On n’est plus dans le jeu, on ne participe plus à la course et à la fin, on n’est pas classé. En sport, il ne viendrait à personne l’idée de contester la victoire à un athlète qui gagne suite à l’abandon d’un favori, quand bien même il n’était pas le plus fort dans l’absolu.
Très bien, il n’y a pas de poussée du Front National, ce sont plutôt les partis démocratiques qui reculent faute de voix. Mais dans une démocratie malade, qui ne fonctionne plus, n’est-il pas normal que ceux qui restent motivés, qui participent encore à la course, aient une chance d’être vainqueurs au final.
Tout ça pour dire : si la majorité de ceux qui se déplacent encore pour aller à l’isoloir votent FN, faut-il encore leur chercher des excuses ? Faut-il minimiser le sens réel de leur vote ?
La vérité c’est que la France est un pays malade où la majorité (relative) qui souhaite encore s’exprimer est raciste, parce qu’elle a soif d’action, d’exclusion, de rejet, de violence et de haine. Il n’y a aucun ras-le-bol là-dedans. Ceux qui en ont ras-le-bol ont abandonné le jeu démocratique depuis longtemps, et regardent presque avec indifférence ce qui pourrait arriver à leur pays. Quand ouvrira-t-on les yeux ? Quand réalisera-t-on que notre démocratie est morte ?
…
Sinon, vous avez vu le Japon ?
Je fais comme si j’étais sur FB et je dis « j’aime » ! J’arrivais à la même conclusion dans mon raisonnement hier lorsque je parlais avec ta meuf , comme quoi les grands esprits !!
ça m’a l’air très intéressant tout ça mais avec toute l’actu qu’il y a en ce moment on n’a pas le temps de lire : tu voudrais pas en faire une infographie ? ou au pire un .pps ?
Pierrot, je te prépare un gif animé !