Sam (partie 1)

Sam est arrivé dans la Boîte l’été dernier. C’est le grand patron qui est venu nous le présenter, comme il en avait l’habitude avec tous les stagiaires recrutés pour la période estivale. Et comme nous en avions l’habitude en pareille occasion, nous avons salué le nouveau stagiaire sans chercher à retenir ni son nom, ni les tâches et missions qui présidaient à son recrutement temporaire. Sam s’est retrouvé dans un bureau au bout du long couloir oublié. Suffisamment loin pour que j’oublie jusqu’à son existence. Parfois, je voyais sa silhouette de grand benet passer à travers le couloir, ou bien je le croisais lors d’une de mes rares sorties au-delà du coin de ma table. Je lui accordais si peu d’attention que c’était comme croiser une ombre. Et puis je suis parti en vacances, loin, très loin de la Boîte.

A mon retour, Anaïs m’a raconté ses vacances à elle. Puis ça a été mon tour, puis on a fait le point sur le manque d’activité dans la Boîte. Elle avait fait connaissance et bien rigolé avec Sophie et Stéphane, les stagiaires du fond. Et puis Sam aussi. Qui ? Sam. C’est alors que j’ai été obligé d’apprendre à connaître Sam. Pour une raison obscure, le grand patron avait demandé à Sam et Stéphane de venir s’installer dans le bureau en face du mien. Ca a été le début des emmerdes.

Sam s’est d’abord mis à entrer dans mon bureau quand ça lui chantait, il interrompait les conversations en cours, professionnelles ou non, quel que soit l’interlocuteur, il se servait le café que je réservais à quelques privilégiés et à moi-même, il en réclamait quand il n’y en avait plus, à toute heure, sans jamais se proposer de le faire ou d’en ramener. Puis il a franchi une étape : il s’est mis à épier les conversations, à acquiescer ou contester depuis l’autre côté du couloir, à venir donner un avis que personne ne lui demandait.

Un jour nous avons organisé un déjeuner entre collègues, la fine équipe, la même depuis des années. Sam en a entendu parlé. Il est venu me demander s’il pouvait participer. Je ne voulais pas être rude, mais je voulais encore moins le voir à ma table. Je n’ai pas répondu. Je me suis dit qu’il comprendrait qu’il n’était pas désiré. Ce que je n’avais pas compris à l’époque, c’est que Sam se contrefichait d’être désiré. Ou plutôt, il n’était pas concevable dans son esprit malade qu’il ne le soit pas. Pour ce monstre de prétention, ne pas être désiré n’était pas une option…

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