Sam (partie 2)

Je me souviens avoir souri le midi. Sam n’était pas dans son bureau. Sans doute parti déjeuner seul comme une âme en peine m’étais-je dit. Mais arrivé sur le péron de la Boîte, je ne pus que constater que Sam nous avait devancés et nous attendait. Mes collègues faisaient la même tête que moi. La suite fut une longue course de positionnement sur le trajet menant de la Boîte au restaurant, une course stratégique pour éviter de manger à côté de Sam et de subir son insupportable conversation. A ce petit jeu, je m’en sortais plutôt très bien : je me retrouvais translativement opposé à Sam, à l’autre bout de la table.

Je passais le plus agréable des repas à discuter avec des amis de longue date, des collègues avec qui ces moments étaient de rares privilèges, occasions de parler enfin d’autre chose que des dossiers B22 ou C75. En quittant le restaurant, Sylvie me prit le bras et me dit en apparté : « tu savais que Sam sortait de Polytechnique ?
- Tu rigoles ?!!
- En tout cas c’est ce qu’il a raconté à table. »

La prétention et l’orgueil du personnage pouvaient cadrer avec une grande école, sa bêtise incommensurable non. Je décidais de mener mon investigation dès le retour au boulot. Je hâtais même le pas. Je voulais en avoir le coeur net. Quelques minutes plus tard je faisais « un Google » sur Sam (j’avais pris l’habitude de faire des recherches lsur les personnes via Google un jour où Michel nous avait juré avoir vécu une histoire d’amour torride avec Stéphanie de Monaco en 1985 sur les plages de la Grande Motte. Il prétendait que le « Comme un ouragan qui passait sur moi » du single « Ouragan » était une référence, un hommage secret à leur histoire. J’avais alors tenté une vérification sur Google qui m’avait permis de constater que Stéphanie n’était jamais allée en vacances à la Grande Motte. Sans ce moteur de recherche, le doute aurait subsisté et le mensonge de Michel n’aurait jamais été démasqué. Mais je m’égare là…)

Je jubilais devant mon écran. Tout était là. Sam avait étudié dans un obscur établissement, la « Polytechnic School of Amiens », où il avait décroché une maîtrise en marketing politique et un diplôme d’ingénieurat en sciences para économiques. On y enseignait des techniques aussi étranges que la stigmergie, le wanagement ou le rapport d’étonnement. Etait-ce par honte ou à dessein que Sam résumait sa provenance par « Polytechnique » ? Pour moi ça ne faisait aucun doute, le garçon était aussi un dangereux mythomane mégalo.

Le lendemain, Sam vint me trouver dans mon bureau. Il venait m’annoncer qu’il avait été définitivement recruté pour devenir assistant auprès du sous-directeur adjoint à la vice-présidence de la Boîte. Il allait gérer l’édito du grand patron dans la lettre d’information hebdomadaire diffusée aux salariés et que personne ne lisait (à part en période de grève pour connaître l’heure du barbecue revendicatif). Il était presque en transe. Nul doute que s’il avait été un caniche (ça lui aurait bien été avec son improbable permanente), il se serait excité sur la jambe de tous ceux qui auraient croisé sa route ce jour-là.

Il se retourna avant de quitter la pièce : « maintenant que je fais partie de l’équipe de direction, tu vas me payer ça »…

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5 commentaires pour “Sam (partie 2)”

  1. Mavie dit :

    AAAHHH, ça fait peur la fin! Vite, la suite!

  2. David dit :

    Et si je te dis que tu risques d’avoir la suite seulement jeudi ?… Suite qui sera peut-être la fin. Je ne suis pas encore sûr.

  3. 3615talife dit :

    c ki sam ?
    http://www.ckisam.fr/

  4. Mavie dit :

    Bon, ça va…T’es encore en vie… ;-)

  5. David dit :

    3615talife : c’est bien entendu un personnage de fiction qui ne boit pas ;)

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