J’ai peur des chiens

Ce n’est pas que je peine à l’avouer, plutôt que je n’en ai pas véritablement conscience moi-même, mais j’ai peur des chiens. Quand j’y pense, j’ai souvent réclamé à mes parents d’avoir des chats quand j’étais petit, des cochons d’Inde aussi, des tortues, mais jamais de chien. Et ce ne sont pas seulement les gros chiens à l’air méchant qui me posent problème, ce sont tous les chiens sans exception. Bien entendu, j’approche plus volontiers un caniche nain qu’un pitbull, mais à bien y réfléchir, il y a toujours en moi un fond d’angoisse à peine perceptible.

J’ai mis longtemps à comprendre le pourquoi de tout ça. Et puis un jour, il y a seulement quelques années de ça, ça m’est revenu. Ca m’a fait bizarre de m’apercevoir que j’avais occulté cela pendant autant de temps.

Quand j’étais enfant et que nous habitions cette petit commune du Nord - je devais peut-être avoir 6 ou 7 ans (car quand j’ai eu 8 ans nous avons déménagé) - l’école était à 2 ou 300 mètres de chez moi et j’y allais seul ou avec les fils des voisins, idem pour le retour. Un jour, un grand de CM2, à la fois terreur et benêt du quartier, un géant d’au moins 1m40 à l’époque, a décidé de me chercher des noises à la sortie. J’étais seul ce jour-là. Il est venu me trouver et m’a dit : “Tu ne rentreras pas chez toi, je t’emmène avec moi, tu es mon prisonnier.” Il habitait lui aussi à 2 ou 300 mètres de l’école, mais dans la direction opposée.

Je me souviens qu’il m’a attrapé par le col et a commencé à me traîner derrière lui sans que je puisse rien faire. J’essayais de me débattre de toutes mes forces mais ça ne servait à rien. J’ai encore en tête le moment où j’ai cru avoir trouvé la solution en pliant les genoux et en me laissait tomber au sol. Mais il a continué à me traîner au sol. Il s’est juste arrêté quand il a vu que je voulais me relever : c’était plus facile pour lui si j’étais debout. Je pleurais, je criais mais il n’y avait personne pour m’entendre et m’aider. Et puis on est arrivé à quelques pas de chez lui. Et là, dans son jardin, un énorme berger allemand s’est approché de la clôture et a commencé à aboyer. De plus en plus fort à mesure que nous approchions.

Le garçon m’a regardé et m’a dit dans un sourire pervers : “tu vas lui servir de goûter…” Je me suis mis à hurler de toutes mes forces, à pleurer comme un bébé. Et tout ce que je voyais c’était les crocs du chien. Et tout ce que j’entendais c’était les grognements monstrueux du chien, encore pires que ses aboiements. Je ne me souviens plus comment j’ai réussi à me dégager. Le grand garçon a-t-il relâché son emprise l’espace d’une seconde ? Est-ce mon effroi qui m’a permis de trouver des ressources insoupçonnées ? Je me rappelle juste avoir couru jusque chez moi comme je n’avais jamais couru auparavant, sans jamais me retourner. Pour une raison inconnue, sans doute une forme de honte de n’avoir pas été plus fort, je n’ai rien dit de l’incident à mes parents. Je ne me souviens pas non plus comment j’ai réagi en revoyant ce garçon à l’école par la suite. J’imagine que c’est parce que j’avais commencé à vouloir oublier toute cette histoire.

Mais je me rappelle très bien avoir soigneusement évité la rue et le grand berger allemand jusqu’au jour de notre déménagement.

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2 commentaires pour “J’ai peur des chiens”

  1. Saperli dit :

    quel soulagement cela a dû être pour toi, ce déménagement !

  2. David dit :

    Pas tant que ça en fait. Déménager quand on a 8 ans, qu’on a toujours vécu au même endroit et qu’on doit quitter soudain ses meilleurs amis, ce n’est pas forcément facile. J’ai eu à l’époque plutôt un sentiment d’injustice de devoir partir. Mais j’ai jamais regretté la rue avec le chien et son maître, ça c’est sûr ;)

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