2 Commentaires Sam (partie 4) - 27/10/07

Si je n’entendais plus parler de Sam, je le lisais avec beaucoup d’attention chaque semaine, dans la lettre interne de la Boîte. Nous n’étions qu’un petit groupe à savoir que derrière l’édito du patron (et sa mine réjouie sur la photo d’illustration) se cachait en réalité Sam. Et ce groupe était vite tout entier devenu accro à la lettre hebdomadaire, attendant avec une impatience fébrile chaque nouvelle livraison de l’édito patronal. C’est que nous avions découvert chez Sam, dès le premier édito, des talents cachés et insoupçonnés. Son orthographe était une catastrophe, sa syntaxe dramatique. On pouvait trouver dans les textes de Sam, pêle-mêle, des paragraphes de 5 ou 6 lignes sans la moindre ponctuation, ou au contraire des avalanches de virgules totalement inutiles, des liens logiques entre propositions totalement illogiques, des contresens sur le sens des mots, des fautes de frappe, et des erreurs récurrentes qui devenaient une sorte de signature, une marque de fabrique (comme son incapacité à différencier « et » et « est », ou encore cette habitude de mettre entre guillemets les mots dont il ne connaissait pas l’orthographe, et qu’il préférait écrire à sa manière très personnelle plutôt que de regarder dans un dictionnaire).

Mais ce n’était pas tout. Car au-delà de la forme, il y avait le contenu. Si le choix des thèmes et sujets abordés ne nous avait pas une seule fois semblé pertinent (surtout à moi, je l’avoue), on pouvait nous soupçonner d’être de parti pris et de manquer d’objectivité. Par contre, le fond des éditos était objectivement d’une platitude et d’un manque d’inspiration criants. Là aussi les textes étaient patentés, griffés de la marque de Sam. Pas une semaine sans que « le patron » ne s’en prenne à ces salauds de Chinois, ou encore à ce gouvernement inféodé aux syndicats qui ne comprenait rien au monde de l’entreprise. La baisse du chiffre d’affaires de l’entreprise : ces salauds de Chinois. La suppression de la prime de fin d’année : ce gouvernement inféodé. Le probable plan social à venir : ces salauds de Chinois. La non rémunération des stagiaires : ce gouvernement inféodé. Ca marchait pour tout, et Sam s’en servait tout le temps. Quand il était en forme, c’était la faute à ces salauds de Chinois ET au gouvernement inféodé.

Ce qui nous sidérait peut-être le plus, c’était qu’il puisse publier tout cela sans aucune relecture, sans avoir l’aval du patron. C’était la preuve que vraiment personne ne s’intéressait à cette publication, pas plus le big boss que ses sbires ou que les petits employés. Le problème justement, c’est que les éditos hebdomadaires commençaient à se faire une petite réputation parmi les employés, et que l’image du boss s’en trouvait peu à peu écornée. Je me délectais à l’idée du moment où tout cela remonterait aux oreilles dirigeantes.

Un jour, celui de la présentation des voeux du patron à ses employés, je tombai nez à nez avec Sam au buffet dressé pour l’occasion. Grisé par quelques coupes de champagne, je me risquais à une pointe de cynisme : « Tiens, tu vis encore ? Je m’inquiétais de ne plus avoir de tes nouvelles ? Tu en es où de tes plans machiavéliques ? Tu te souviens ?…
- Rigole, rigole, rira bien bien qui rira le dernier. Tu te fous de moi parce que tu es jaloux que je fasse partie de l’équipe du grand patron. »
J’allais répondre mais le sous-directeur adjoint dont Sam dépendait et qui passait par là, ayant probablement entendu la fin de la phrase, intervint : « Comme vous y allez Sam, je vous rappelle que votre CDD prend fin dans deux mois et que votre renouvellement de contrat n’est pas gagné. Il va falloir que vous le méritiez ! » Puis il continua son chemin vers un groupe de convives de l’autre côté de la pièce. Je regardais Sam et ne pus réprimer un grand éclat de rire : le garçon avait laissé entendre en quittant notre étage qu’il avait décroché un CDI et entamait une grande carrière. Vexé, ulcéré, Sam arbora un sourire crispé : « Oui bon, je dois y aller. »

« Rira bien qui rira le dernier » avait dit Sam. La semaine suivante, l’édito du patron traitait d’un de mes projets, le dossier B22. C’est avec la fébrilité de celui qui sent le coup bas venir que j’entamais ma lecture. Pourtant le projet était bien décrit, le boss se félicitait des nombreux succès rencontrés par la Boîte grâce à ce projet, que du bon en somme. A la fin, il félicitait François S pour la qualité du travail accompli et sans qui tout cela n’aurait pas pu être possible. Le hic c’est que je ne m’appelais pas François S ! François était un sous-traitant, de grand talent certes, qui avait fourni un travail de qualité sur le dossier B22, mais qui n’en était en rien l’architecte et n’avait rien eu à réfléchir ou arbitrer dans ce cadre.

Cette fois c’est mon orgueil qui était piqué au vif. Le dossier B22 représentait 2 ans de ma vie, il était en situation critique quand je l’avais repris en mains, et peu de collègues auraient voulu être à ma place à l’époque, ça avait été un gros challenge. Et même si je savais que personne ou presque ne prêterait attention à cet édito, que les conséquences de cette « erreur » (je n’avais pas le moindre doute sur son caractère volontaire) de Sam étaient minimes, voire nulles, je ne pouvais qu’être fou de rage. Sam avait réussi son coup ! Il avait eu sa revanche, ma colère était le prix que je payais à sa suffisance un temps ébranlée. Pour la première fois, je sentais que le psychopathe de cette histoire pourrait bien être moi. J’avais des envies de meurtre, des pulsions destructrices. Je voulais lui faire mal, je voulais entendre Sam supplier sous mes coups, je voulais le forcer à retrouver sa condition misérable, je voulais voir la peur et les larmes dans ses yeux.

Je passai le reste de la journée enfermé dans mon bureau à essayer de contenir ma colère. Je sentais que je pouvais basculer à chaque seconde et partir en quête de Sam à l’étage du dessus. Je craignais à chaque instant de le voir débarquer devant moi pour me narguer, j’espérais la même chose l’instant d’après. J’attendis très tard le soir pour être sûr de ne croiser personne en quittant la Boîte.

Dehors dans le noir, sur le péron du bâtiment, j’allumai une cigarette. Un vent froid me claquait au visage et me forçait à plisser les paupières. Une voiture arriva. Je m’éloignai rapidement pour rejoindre le trottoir de l’autre côté de l’avenue, je ne voulais toujours voir personne. Le patron descendit du véhicule, il était accompagné de trois membres de son staff, ils riaient beaucoup. Je l’entendis dire : « Venez, on va fêter ça dans mon bureau, j’ai du Scotch et des cigares. » Il me vint à l’esprit que ce serait le moment idéal pour évoquer avec lui la perception que Sam donnait de lui à travers ses éditos. Je voyais déjà la tête de Sam à l’annonce de la non reconduction de son contrat. Voilà une solution moins radicale que la mort par strangulation !

J’allais retraverser la route quand un autre véhicule s’arrêta près de l’entrée. Sam en descendit. Mon coeur se mit à battre très vite. Je restai paralysé, à la fois par peur et par hargne. Je vis Sam s’agiter devant la porte d’entrée. Il semblait chercher quelque chose. Il recula et regarda en hauteur vers les fenêtes allumées du dernier étage. Je compris alors ce qu’il se passait. A cette heure tardive, le badge de Sam ne permettait plus d’ouvrir la porte d’entrée de la Boîte, il fallait un badge avec un niveau d’autorisation supérieur. Tout le staff de direction avait ce genre d’autorisation. Pas lui. Il avait dû suivre les autres, pensant participer à leur petit célébration, tout membre de l’équipe qu’il se croyait. Mais les autres n’avaient même pas songé un instant à lui, à l’attendre.

Je restai à le regarder une bonne dizaine de minutes. Il avait longé la Boîte dans les deux sens, cherchant à voir s’il n’était pas possible de passer par les entrées annexes. Mais là aussi il fallait un badge. Soudain, il tourna la tête vers moi. Il avait un regard mi-désespéré, mi-implorant. Il aurait fait une victime parfaite…

Mais le voir là, abandonné, cherchant à rentrer par tous les moyens, m’avait apaisé. C’était une image forte que de le voir ainsi. Cette porte close était symptomatique. Symptomatique de ce que serait toute la triste existence de Sam. Des ambitieux, des vaniteux comme lui, il y en avait à la pelle. Le staff du grand patron en était déjà plein. Une telle suffisance, en proportions exactement inverses aux talents et à l’intelligence, c’était déjà plus rare. Bien souvent Sam serait amené à faire le lèche-bottes, le toutou de son maître, dans le secret espoir d’une promotion, d’une place au plus haut de la hiérarchie. Très souvent sans doute il se retrouverait devant une porte qui refuserait de s’ouvrir. C’est ce qui arrive aux plus médiocres d’entre nous, aux toutous qui pleurnichent pour un peu d’attention. Désormais c’était sûr, le seul sentiment que m’inspirerait Sam le pathétique serait de la pitié.

A son regard suppliant je répondis par un clin d’oeil. Je jetai ma cigarette et rentrai chez moi.

3 Commentaires Sam (partie 3) - 25/10/07

« Pardons, qu’est-ce que tu viens de dire ? » Je restais sous le choc de ce que venait de dire Sam. Payer ? Mais payer quoi ? Savait-il que j’avais fait des recherches sur son passé ? Impossible. Et pourtant, et si… Ou alors était-il vraiment psychopathe ? Voulait-il me faire payer d’avoir refusé à plusieurs reprises de me montrer sympathique ? D’avoir refusé de lui faire du café à toute heure de la journée ?…
- « Quoi ?
- Tu as dit quoi à l’instant ?
- Tu as très bien compris.
- Non justement, j’ai cru comprendre que tu allais me faire payer quelque chose et…
- Tu vois que tu as compris !
- Tu peux me dire ce que tu me reproches exactement ?
- Rien. Mais je fais partie de l’équipe du big boss maintenant. Je suis quelqu’un d’important, quelqu’un à qui les autres doivent le respect. Et pour se faire respecter, rien ne vaut la peur. Il me faut une victime, un exemple. Je sais que tu ne m’aimes pas, tu ne m’as jamais parlé d’égal à égal, tu ne reconnais pas ma valeur, ce sera donc toi. Autant joindre l’utile à l’agréable, non ? »

Je n’en croyais pas mes oreilles. L’Orgueil, immense, gigantesque, démesuré, avait pris forme humaine et parlait devant moi. Je ne pouvais en rester là : « Mais tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ?!! Tu es malade ou quoi ?! Tu as conscience de ces inepties, de ta propre ineptie ? Tu sais pourquoi je ne reconnais pas ta valeur ? Parce que tu n’en as aucune, en tout cas pas encore. Tu arrives ici, tu as tout à démontrer, tu n’es rien ni personne. Et si tu commences comme ça, je suis sûr que tu te feras écraser, comme la petite merde que tu es. Tu crois que tu fais partie de l’équipe du « big boss » comme tu dis ? Que parce que tu fais tes cartons pour passer du 3ème étage au 4ème tu es monté dans la hiérarchie ? Tu te trompes lourdement. Tu quittes un bureau obscur dans un couloir oublié pour en rejoindre un autre, en tout point pareil à celui-ci. Tu n’es rien ni personne, tu ne fais partie d’aucune équipe, tu es juste une petite merde sortie de nulle part qui vient faire un job dont personne d’autre ne voudrait. Un peu d’humilité n’a jamais fait de mal personne. Calme-toi, redescends sur terre ! Faire peur ? Tu crois que tu risques de faire peur à quelqu’un avec ta permanente, ton dos voûté, le blouson de ton grand-père sur le dos et ton air de déjà vieux con à 25 ans ?… »

A voir son oeil vitreux, son regard resté vide durant ma mise au point, je doutais qu’il ait compris le moindre mot sorti de ma bouche, je me demandais même s’il avait écouté, s’il ne se mettait pas en mode « veille » quand ça l’arrangeait (ou pas). J’étais presque déçu. J’étais prêt pour le combat et mon gladiateur bedonnant rendait déjà les armes.

« On en reparlera… » me lança-t-il avant de quitter mon bureau, un sourire au coin des lèvres tout de même un rien inquiétant, je dois l’avouer. Les serial killers ne sont jamais de grands beaux gosses baraqués, vous avez remarqué ?

Durant les semaines qui suivirent, je n’entendais plus parler de Sam. Du moins pas tout à fait…

5 Commentaires Sam (partie 2) - 23/10/07

Je me souviens avoir souri le midi. Sam n’était pas dans son bureau. Sans doute parti déjeuner seul comme une âme en peine m’étais-je dit. Mais arrivé sur le péron de la Boîte, je ne pus que constater que Sam nous avait devancés et nous attendait. Mes collègues faisaient la même tête que moi. La suite fut une longue course de positionnement sur le trajet menant de la Boîte au restaurant, une course stratégique pour éviter de manger à côté de Sam et de subir son insupportable conversation. A ce petit jeu, je m’en sortais plutôt très bien : je me retrouvais translativement opposé à Sam, à l’autre bout de la table.

Je passais le plus agréable des repas à discuter avec des amis de longue date, des collègues avec qui ces moments étaient de rares privilèges, occasions de parler enfin d’autre chose que des dossiers B22 ou C75. En quittant le restaurant, Sylvie me prit le bras et me dit en apparté : « tu savais que Sam sortait de Polytechnique ?
- Tu rigoles ?!!
- En tout cas c’est ce qu’il a raconté à table. »

La prétention et l’orgueil du personnage pouvaient cadrer avec une grande école, sa bêtise incommensurable non. Je décidais de mener mon investigation dès le retour au boulot. Je hâtais même le pas. Je voulais en avoir le coeur net. Quelques minutes plus tard je faisais « un Google » sur Sam (j’avais pris l’habitude de faire des recherches lsur les personnes via Google un jour où Michel nous avait juré avoir vécu une histoire d’amour torride avec Stéphanie de Monaco en 1985 sur les plages de la Grande Motte. Il prétendait que le « Comme un ouragan qui passait sur moi » du single « Ouragan » était une référence, un hommage secret à leur histoire. J’avais alors tenté une vérification sur Google qui m’avait permis de constater que Stéphanie n’était jamais allée en vacances à la Grande Motte. Sans ce moteur de recherche, le doute aurait subsisté et le mensonge de Michel n’aurait jamais été démasqué. Mais je m’égare là…)

Je jubilais devant mon écran. Tout était là. Sam avait étudié dans un obscur établissement, la « Polytechnic School of Amiens », où il avait décroché une maîtrise en marketing politique et un diplôme d’ingénieurat en sciences para économiques. On y enseignait des techniques aussi étranges que la stigmergie, le wanagement ou le rapport d’étonnement. Etait-ce par honte ou à dessein que Sam résumait sa provenance par « Polytechnique » ? Pour moi ça ne faisait aucun doute, le garçon était aussi un dangereux mythomane mégalo.

Le lendemain, Sam vint me trouver dans mon bureau. Il venait m’annoncer qu’il avait été définitivement recruté pour devenir assistant auprès du sous-directeur adjoint à la vice-présidence de la Boîte. Il allait gérer l’édito du grand patron dans la lettre d’information hebdomadaire diffusée aux salariés et que personne ne lisait (à part en période de grève pour connaître l’heure du barbecue revendicatif). Il était presque en transe. Nul doute que s’il avait été un caniche (ça lui aurait bien été avec son improbable permanente), il se serait excité sur la jambe de tous ceux qui auraient croisé sa route ce jour-là.

Il se retourna avant de quitter la pièce : « maintenant que je fais partie de l’équipe de direction, tu vas me payer ça »…

Commenter Sam (partie 1) - 22/10/07

Sam est arrivé dans la Boîte l’été dernier. C’est le grand patron qui est venu nous le présenter, comme il en avait l’habitude avec tous les stagiaires recrutés pour la période estivale. Et comme nous en avions l’habitude en pareille occasion, nous avons salué le nouveau stagiaire sans chercher à retenir ni son nom, ni les tâches et missions qui présidaient à son recrutement temporaire. Sam s’est retrouvé dans un bureau au bout du long couloir oublié. Suffisamment loin pour que j’oublie jusqu’à son existence. Parfois, je voyais sa silhouette de grand benet passer à travers le couloir, ou bien je le croisais lors d’une de mes rares sorties au-delà du coin de ma table. Je lui accordais si peu d’attention que c’était comme croiser une ombre. Et puis je suis parti en vacances, loin, très loin de la Boîte.

A mon retour, Anaïs m’a raconté ses vacances à elle. Puis ça a été mon tour, puis on a fait le point sur le manque d’activité dans la Boîte. Elle avait fait connaissance et bien rigolé avec Sophie et Stéphane, les stagiaires du fond. Et puis Sam aussi. Qui ? Sam. C’est alors que j’ai été obligé d’apprendre à connaître Sam. Pour une raison obscure, le grand patron avait demandé à Sam et Stéphane de venir s’installer dans le bureau en face du mien. Ca a été le début des emmerdes.

Sam s’est d’abord mis à entrer dans mon bureau quand ça lui chantait, il interrompait les conversations en cours, professionnelles ou non, quel que soit l’interlocuteur, il se servait le café que je réservais à quelques privilégiés et à moi-même, il en réclamait quand il n’y en avait plus, à toute heure, sans jamais se proposer de le faire ou d’en ramener. Puis il a franchi une étape : il s’est mis à épier les conversations, à acquiescer ou contester depuis l’autre côté du couloir, à venir donner un avis que personne ne lui demandait.

Un jour nous avons organisé un déjeuner entre collègues, la fine équipe, la même depuis des années. Sam en a entendu parlé. Il est venu me demander s’il pouvait participer. Je ne voulais pas être rude, mais je voulais encore moins le voir à ma table. Je n’ai pas répondu. Je me suis dit qu’il comprendrait qu’il n’était pas désiré. Ce que je n’avais pas compris à l’époque, c’est que Sam se contrefichait d’être désiré. Ou plutôt, il n’était pas concevable dans son esprit malade qu’il ne le soit pas. Pour ce monstre de prétention, ne pas être désiré n’était pas une option…

4 Commentaires Trouver le bonheur - 7/10/07

Le bonheur vient-il de ces deux mots : la bonne heure? Cela voudrait-il dire qu’il vient toujours à la bonne heure? Le bonheur est-il ponctuel?

Une recherche purement éthymologique nous apprend que « bonheur » vient de « heur », nom masculin qui signifie « chance heureuse ». « Bonheur », ça voudrait donc dire avant tout « bonne chance ». Bonne chance à la ponctualité du bonheur ! Si le bonheur venait au moment où on en a le plus besoin, ça se saurait. Au contraire, il se fait le plus souvent désiré et débarque, paraît-il, au moment où on l’attend le moins, souvent au moment où on ne l’attend plus. Quand il est enfin là, on comprend qu’il valait la peine d’attendre. Le bonheur vient-il au moment juste ? Le bonheur est-il ségoléniste ?…

Au petit bonheur la chance, le malheur des uns faisant le bonheur des autres, et l’argent ne faisant pas le bonheur, doit-on en conclure que les petits malheurs des uns font les grandes fortunes des autres ?

Autant de questions que je me pose sans pouvoir y apporter de réponses. Je ne connais pas le bonheur, je n’y ai jamais goûté. Mais je garde espoir. Mon heure viendra, à la bonne heure. A la bonne heure ! Il suffit de savoir être patient. Alors je patiente, je rêve d’être transporté dans un bain de bonheur pour y plonger, pour y nager sous un ciel sans nuages. J’aspire à respirer le bonheur. J’attends mon heure. En espérant qu’elle soit bonne…

Commenter Seconde passe - 7/10/07

Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots. Mais pas besoin d’en chercher en particulier. Si les mots pouvaient tuer, n’importe lequel ferait l’affaire. Celui-ci est pour toi.

(clin d’oeil à une des plus belles chansons de Tom McRae, The Boy With The Bubblegun, c’est ma deuxième contribution du soir, mais celle à retenir est celle-là)

4 Commentaires Sans elle, ma vie n’a plus de saveur - 6/10/07

Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots. Du coup je n’en parlerai pas…

Et puis merde ! Je fais de mon mieux, tout le temps et, et… Non pas moyen. Pas moyen que ça sorte. Je n’arrive pas à en parler. Ce n’est pas comme ci…

L’autre jour par exemple, je me propose d’aller faire les courses au supermarché. Je prends la liste de courses qu’elle me donne et me voilà parti. Elle m’y avait écrit d’acheter des mini Savane au chocolat. Arrivé dans le rayon, plus de Savane. Ma légendaire faculté d’adaptation me permet de trouver une alternative. Elle aime les Prince céréales, je lui prends des Prince céréales. Eh bien ça ne suffit pas !…

Non ! Ca ne suffit pas…

Non content de ne plus avoir de mini Savane, aujourd’hui ce supermarché à la con n’a plus de confiture de prunes, ma confiture de prunes. Irremplaçable. Celle sans laquelle une journée ne peut pas bien démarrer. Ne peut pas démarrer tout court.

Faudra-t-il que je m’adapte encore une fois en allant à l’autre supermarché le plus proche, à 25 kilomètres d’ici ? Pas possible. La question posée, un peu abruptement, à la dame de l’accueil a reçu une réponse sans appel : la marque a cessé de produire cette confiture-là. Pas assez de demande.

Mondialisation de merde ! Monde de merde ! Je suis vraiment dégoûté là. J’ai la rage. Je m’en vais me coucher pour la peine. Qui sait si la vie pourra continuer demain matin, sans confiture de prunes…

6 Commentaires Le couloir oublié - 5/10/07

Je n’ai plus l’habitude de travailler en entendant des sons humains autour de moi. Je travaille dans l’administration. Je n’ai donc plus l’habitude de travailler du tout, en fait… Humour de fonctionnaire mis à part, ça me glace le sang de penser que travail puisse rimer à ce point avec solitude et silence. Dans ce long et sombre couloir de l’Inspection d’Académie, toutes les portes sont closes. Quelle que soit l’heure où je l’arpente, je ne croise personne. Il faut dire que j’arrive très tôt le matin, déjeune à mon poste de travail et ne repars que tard le soir (oui, un fonctionnaire peut travailler tard, et de son propre gré). Mais quand même, personne quand je vais à la photocopieuse, personne à la machine à café. Le reste du temps, je classe et archive, silencieusement.

Un jour, je me suis livré à un petit exercice un peu incongru. Une par une, je me suis approché de chacune de ces portes closes et y ai apposé l’oreille. Rien. Pas un son. A se demander si cette forteresse administrative était réellement occupée par quelque être vivant que ce soit. Dans l’espace, personne ne vous entendra crier.

Ce silence a commencé à devenir oppressant dernièrement. Et puis ce matin on a frappé à ma porte. Je ne me souviens pas avoir jamais sursauté ainsi. Je suis resté pétrifié d’effroi. Qu’est-ce qui se trouvait de l’autre côté ? Allais-je me retrouver au coeur d’une version bureaucratique d’Alien ? Alien fait l’ENA. Un homme dont je me souvenais vaguement et qu’on m’avait à l’époque présenté comme mon supérieur hiérarchique est entré. Il m’a présenté Jean-Daniel, 24 ans, nouvelle recrue fraîchement intégrée après admission au concours. Il allait provisoirement partager mon bureau, faute de porte à fermer disponible.

Jean-Daniel est là depuis deux heures. Je ne le supporte déjà plus. Il n’arrête pas de parler, me raconte sa petite vie prétentieuse. Ca ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir. Et en plus de parler, il pose des questions. Je rêve de silence, d’intimité avec mes documents à archiver. C’est officiel, je suis devenu un vieux con asocial.

11 Commentaires Douche, toujours et encore… - 4/10/07

Ce matin, entre Adler et Duhamel, l’immuable créneau de ma douche d’avant départ au boulot, agitant mes mains ensavonnées je fais tomber mon alliance.
Je la remets aussitôt mais avec beaucoup de difficultés qui me seront l’occasion de plusieurs vagues d’interrogation lors des minutes et heures suivantes, du séchage aux rebutantes tâches journalières et néanmoins professionnelles.

Je sais que c’est stupide, que l’explication est parfaitement rationnelle, mais je suis un incorrigible supersticieux. D’où le tourbillon de questions qui s’ensuit : ma femme va-t-elle me quitter aujourd’hui ? Vais-je trouver une nouvelle femme de ma vie qui soit plus de ma vie que l’actuelle ? Vais-je changer subitement de préférences sexuelles sous prétexte que c’est vendredi ? Ou pire encore : dois-je me précipiter avenue du Président Kennedy dans le secret espoir de convoler en juste pacs avec Alexandre Adler ou Olivier Duhamel, voire me mettre en ménage à trois avec eux deux ? Si je dois faire mon choix je préfèrerais Duhamel, j’ai du mal à craquer pour les gros, même si je me refuse hypocritement à juger sur le physique… Mais je m’égare là.

Je me gâche la journée à tout analyser : ma belle famille, notre chien, le sexe (la pratique, pas le mien), tout cela en vaut-il encore la peine ? Ma femme m’appelle. Elle prend un ton bizarre en me demandant de penser au pain en rentrant. Serait-ce un signe ?…

Je sors d’une certaine torpeur contemplative en me faisant la réflexion que décidément, il s’en passe de belles sous ma douche ces derniers temps… Ca me fait sourire. Je me dis que je suis vraiment trop con avec mes superstitions qui me pourrissent l’existence. Je dois réagir. Ma décision sera ferme, volontariste et sans appel : à partir de demain j’écoute Rire et Chansons, je prends des bains et j’utilise un gant de toilette…

Commenter antihéros - 4/10/07

Je comprends ce que les gens disent. C’est pénible, je n’en ai pas l’habitude. Je déteste ça. Les gens parlent, j’entends sans avoir besoin d’écouter et je comprends. C’est infernal. J’ai l’impression de me mêler de ce qui ne me regarde pas. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir.

Vous voyez le personnage de Matt Parkman dans la série du moment, Heroes ? Le flic qui lit dans les pensées ? Eh bien moi c’est presque pareil. La chasse au serial killer et le monde à sauver en moins. Du coup c’est moins fun. Une fois évacuées les banalités sur la pluie et le beau temps, ne me restent que les mensonges, les tromperies, les petites et les grandes hypocrisies du quotidien.

Car non content d’entendre et de comprendre, je devine. Je devine les motivations des discours, où les uns et les autres veulent en venir, ce qu’ils dissimulent et les desseins qui les animent.

C’est comme une machine, un logiciel de traduction automatique dans ma tête. Dans un train ou le métro, ça peut à la rigueur vous agrémenter le trajet. Dans une conversation en face à face, c’est insoutenable. Ca agit comme un filtre. Ca traduit là-haut et je perds la VO, je trouve même le temps de me faire des commentaires à moi-même. Ce que les gens sont détestables ! Un jour je vais finir par commenter à voix haute sans m’en rendre compte.

Ce serait peut-être salutaire d’ailleurs. A force de mépriser mon prochain, de faire du dédain et du cynisme mes compagnons de prédilection, j’ai fini par croire que tout le monde était comme moi, par filtrer en fonction de mes propres comportements. Mais peut-être que tout le monde n’est pas comme moi. Et peut-être que tout le monde serait choqué de m’entendre. Peut-être que les gens ne sont pas si détestables après tout ? J’aurais besoin de ces « peut-être ». Ils me permettraient de comprendre qu’en réalité, ça m’intéresse et je veux savoir.

Parce que tout ce que j’entends me permet de me rassurer sur la nature humaine. Tout ce que j’entends est réel. Et même quand je n’écoute pas, cela continue d’exister. La réalité, ce n’est pas juste une vision déformée du monde dans un esprit malade.