Archive pour la catégorie 'regard contemplatif'

Etes-vous plus fort qu’un enfant de 10 ans, ou plus con qu’un adulte de 40?

Mardi 18 décembre 2007

“Qu’est-ce qu’on fait ce soir ?
- Rien, on mange devant une connerie à la télé et puis on vaque à nos occupations.”

En cherchant une connerie donc, nous sommes tombés sur “êtes-vous plus fort qu’un enfant de 10 ans?” Et nous avons été servis.

Le principe : le “qui veut gagner des millions ?” de la pauvreté intellectuelle (si on m’avait dit un jour que je créditerais cette émission d’une quelconque valeur intellectuelle…) Même principes : paliers de questions, 3 jokers, et 100.000 € à la clé (c’est plus pauvre on vous dit.) Si vous répondez à 4 questions à la suite, c’est 5.000 € assurés.
Ici, les questions sont tirées des programmes scolaires de primaire. Et des enfants de moins de 10 ans sont là pour vous servir de joker. Le show est présenté par un Roland Magdane qui a apparemment compris qu’il ne ferait plus jamais rire.

A l’écran, une femme dont j’ai déjà oublié le nom. Appelons la Monique. Monique se présente. Sa famille habite les DOM-TOM. Elle n’a pas vu son père depuis 3 ans, et il est vieux son papa. Qui sait ce qui pourrait se passer?… Elle dit qu’elle aime son papa. Et sa maman aussi. Monique écrase une larme. Elle va gagner. Elle le doit pour son père. Elle va prouver qu’elle est la plus forte. Elle espère éviter la géographie, son point faible.

En plateau Monique est insupportable, excitée comme une puce. Première question : combien de jours compte le mois de février dans une année non-bissextile ? 27, 28, 29 ou 30. Monique prend un air super concentré. Elle relit à voix haute la question 3 fois. 27 non, 30 non, ça c’est sûr. Elle hésite entre 28 et 29. Elle prend un joker et choisit 29. Devant la moue à peine indicative de Magdane, Monique prend un deuxième joker. Elle change d’avis et choisit 28. Ouf !

Deuxième question : quel temps de l’indicatif est constitué d’un auxiliaire conjugué au présent et d’un participatif passé. Le passé composé, le passé simple ou l’imparfait. Monique fait la gueule. “Oh la la, elles sont dures vos questions !” Magdane : “c’est une question niveau CM1…”

Au final, on a zappé sans même savoir ce que Monique avait gagné. Mais elle a bien prouvé à toute le monde qu’elle était la plus forte conne. Un regret : qu’il n’y ait pas eu de question de géographie…

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Education Nationale, un grand corps malade

Lundi 3 septembre 2007

Je viens de finir de regarder “Education Nationale, un grand corps malade” de Emmanuel Amara et Jean-Philippe Amar, diffusé ce 3 septembre sur Canal+. Ce documentaire laisse à bout de souffle, scotché au fond de son canapé, K.O. après le martèlement de tant de dysfonctionnements alignés les uns derrière les autres.

Assez déprimant, il réussit néanmoins à éviter l’écueil qui pourrait mener le téléspectateur à vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, à mettre dans le même panier l’Education Nationale, ses bureaucrates, son fonctionnement, ses professeurs et ses publics. Au contraire, il prend le temps de remonter à rebours le système éducatif, de l’entrée en fac à l’apprentissage des bases de la lecture et du calcul, plus quelques détours par le système des IUFM ou encore le modèle finlandais (le plus performant d’Europe).

Il prend presque le temps de finir sur une note positive qui pourrait se résumer ainsi : si, dès l’entrée à l’école, on prenait le meilleur d’autrefois additionné au meilleur d’aujourd’hui, on retrouverait progressivement, par la base, un enseignement de bonne qualité.

En attendant ce n’est pas le cas aujourd’hui et voilà en vrac quelques constatations faites et déclarations entendues au fil de ce documentaire :

  • 83% de réussite au bac pour 50% de recalés en première année à la fac, il y a donc escroquerie intellectuelle à vouloir faire croire qu’il n’y a pas de sélection à l’université aujourd’hui, elle se fait par “l’explosion en vol” de 50% des élèves en première année (excellent Jean-Paul Brighelli et son franc parler à toute épreuve) ;
  • un bac +5 aujourd’hui vaut un bac d’il y a 50 ans ;
  • des consignes de correction du bac très strictes pour satisfaire les besoins statistiques de réussite pour le ministère ;
  • élimination, avant la consitutuon des jurys de correction du bac, des profs les plus sévères ;
  • utilisation douteuse d’un logiciel de “délibération assistée par ordinateur” qui réhausserait en aveugle les notes des copies ;
  • l’enseignement tel qu’il est mené aujourd’hui aggrave les inégalités sociales ;
  • le ministère de l’Education Nationale est une forteresse, où des personnes n’ayant aucun contact de près ou de loin avec l’enseignement se son arrogés le pouvoir ;
  • Les Universités envoient leurs pires professeurs enseigner en IUFM (elles se gardent naturellement les meilleurs) ;
  • problème de niveau des élèves en IUFM ;
  • manque de préparation des élèves d’IUFM aux situations à affronter dans la classe ;
  • affectation des plus jeunes profs aux postes les plus difficiles ;
  • chaque niveau d’enseignement rejette la faute sur le niveau précédent ;
  • l’Observation Réfléchie de la Langue à remplacé la grammaire, qui n’est plus enseignée ;
  • Niveau des élèves qui empire d’année en année ;
  • Au collège, la dictée n’est plus au programme (l’exercice est à la discrétion du professeur) ;
  • “Il n’est pas possible qu’une institution dysfonctionne à ce point-là sans s’en rendre compte” (un professeur des écoles).

Deux choses parmi plein d’autres qui m’ont marqué : la comparaison de deux rédactions sur le thème du “chat”, l’une des années 50, l’autre d’aujourd’hui, est absolument sidérante. Gilles de Robien dans un grand exercice de “puisque je le dis, c’est que c’est vrai” où il nous explique qu’il rencontre des lycéens qui ne savent pas ce qu’est l’Université, et qu’il faut donc leur donner une chance de pouvoir y entrer.

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