Sam (partie 4)

27 octobre 2007

Si je n’entendais plus parler de Sam, je le lisais avec beaucoup d’attention chaque semaine, dans la lettre interne de la Boîte. Nous n’étions qu’un petit groupe à savoir que derrière l’édito du patron (et sa mine réjouie sur la photo d’illustration) se cachait en réalité Sam. Et ce groupe était vite tout entier devenu accro à la lettre hebdomadaire, attendant avec une impatience fébrile chaque nouvelle livraison de l’édito patronal. C’est que nous avions découvert chez Sam, dès le premier édito, des talents cachés et insoupçonnés. Son orthographe était une catastrophe, sa syntaxe dramatique. On pouvait trouver dans les textes de Sam, pêle-mêle, des paragraphes de 5 ou 6 lignes sans la moindre ponctuation, ou au contraire des avalanches de virgules totalement inutiles, des liens logiques entre propositions totalement illogiques, des contresens sur le sens des mots, des fautes de frappe, et des erreurs récurrentes qui devenaient une sorte de signature, une marque de fabrique (comme son incapacité à différencier “et” et “est”, ou encore cette habitude de mettre entre guillemets les mots dont il ne connaissait pas l’orthographe, et qu’il préférait écrire à sa manière très personnelle plutôt que de regarder dans un dictionnaire).

Mais ce n’était pas tout. Car au-delà de la forme, il y avait le contenu. Si le choix des thèmes et sujets abordés ne nous avait pas une seule fois semblé pertinent (surtout à moi, je l’avoue), on pouvait nous soupçonner d’être de parti pris et de manquer d’objectivité. Par contre, le fond des éditos était objectivement d’une platitude et d’un manque d’inspiration criants. Là aussi les textes étaient patentés, griffés de la marque de Sam. Pas une semaine sans que “le patron” ne s’en prenne à ces salauds de Chinois, ou encore à ce gouvernement inféodé aux syndicats qui ne comprenait rien au monde de l’entreprise. La baisse du chiffre d’affaires de l’entreprise : ces salauds de Chinois. La suppression de la prime de fin d’année : ce gouvernement inféodé. Le probable plan social à venir : ces salauds de Chinois. La non rémunération des stagiaires : ce gouvernement inféodé. Ca marchait pour tout, et Sam s’en servait tout le temps. Quand il était en forme, c’était la faute à ces salauds de Chinois ET au gouvernement inféodé.

Ce qui nous sidérait peut-être le plus, c’était qu’il puisse publier tout cela sans aucune relecture, sans avoir l’aval du patron. C’était la preuve que vraiment personne ne s’intéressait à cette publication, pas plus le big boss que ses sbires ou que les petits employés. Le problème justement, c’est que les éditos hebdomadaires commençaient à se faire une petite réputation parmi les employés, et que l’image du boss s’en trouvait peu à peu écornée. Je me délectais à l’idée du moment où tout cela remonterait aux oreilles dirigeantes.

Un jour, celui de la présentation des voeux du patron à ses employés, je tombai nez à nez avec Sam au buffet dressé pour l’occasion. Grisé par quelques coupes de champagne, je me risquais à une pointe de cynisme : “Tiens, tu vis encore ? Je m’inquiétais de ne plus avoir de tes nouvelles ? Tu en es où de tes plans machiavéliques ? Tu te souviens ?…
- Rigole, rigole, rira bien bien qui rira le dernier. Tu te fous de moi parce que tu es jaloux que je fasse partie de l’équipe du grand patron.”
J’allais répondre mais le sous-directeur adjoint dont Sam dépendait et qui passait par là, ayant probablement entendu la fin de la phrase, intervint : “Comme vous y allez Sam, je vous rappelle que votre CDD prend fin dans deux mois et que votre renouvellement de contrat n’est pas gagné. Il va falloir que vous le méritiez !” Puis il continua son chemin vers un groupe de convives de l’autre côté de la pièce. Je regardais Sam et ne pus réprimer un grand éclat de rire : le garçon avait laissé entendre en quittant notre étage qu’il avait décroché un CDI et entamait une grande carrière. Vexé, ulcéré, Sam arbora un sourire crispé : “Oui bon, je dois y aller.”

“Rira bien qui rira le dernier” avait dit Sam. La semaine suivante, l’édito du patron traitait d’un de mes projets, le dossier B22. C’est avec la fébrilité de celui qui sent le coup bas venir que j’entamais ma lecture. Pourtant le projet était bien décrit, le boss se félicitait des nombreux succès rencontrés par la Boîte grâce à ce projet, que du bon en somme. A la fin, il félicitait François S pour la qualité du travail accompli et sans qui tout cela n’aurait pas pu être possible. Le hic c’est que je ne m’appelais pas François S ! François était un sous-traitant, de grand talent certes, qui avait fourni un travail de qualité sur le dossier B22, mais qui n’en était en rien l’architecte et n’avait rien eu à réfléchir ou arbitrer dans ce cadre.

Cette fois c’est mon orgueil qui était piqué au vif. Le dossier B22 représentait 2 ans de ma vie, il était en situation critique quand je l’avais repris en mains, et peu de collègues auraient voulu être à ma place à l’époque, ça avait été un gros challenge. Et même si je savais que personne ou presque ne prêterait attention à cet édito, que les conséquences de cette “erreur” (je n’avais pas le moindre doute sur son caractère volontaire) de Sam étaient minimes, voire nulles, je ne pouvais qu’être fou de rage. Sam avait réussi son coup ! Il avait eu sa revanche, ma colère était le prix que je payais à sa suffisance un temps ébranlée. Pour la première fois, je sentais que le psychopathe de cette histoire pourrait bien être moi. J’avais des envies de meurtre, des pulsions destructrices. Je voulais lui faire mal, je voulais entendre Sam supplier sous mes coups, je voulais le forcer à retrouver sa condition misérable, je voulais voir la peur et les larmes dans ses yeux.

Je passai le reste de la journée enfermé dans mon bureau à essayer de contenir ma colère. Je sentais que je pouvais basculer à chaque seconde et partir en quête de Sam à l’étage du dessus. Je craignais à chaque instant de le voir débarquer devant moi pour me narguer, j’espérais la même chose l’instant d’après. J’attendis très tard le soir pour être sûr de ne croiser personne en quittant la Boîte.

Dehors dans le noir, sur le péron du bâtiment, j’allumai une cigarette. Un vent froid me claquait au visage et me forçait à plisser les paupières. Une voiture arriva. Je m’éloignai rapidement pour rejoindre le trottoir de l’autre côté de l’avenue, je ne voulais toujours voir personne. Le patron descendit du véhicule, il était accompagné de trois membres de son staff, ils riaient beaucoup. Je l’entendis dire : “Venez, on va fêter ça dans mon bureau, j’ai du Scotch et des cigares.” Il me vint à l’esprit que ce serait le moment idéal pour évoquer avec lui la perception que Sam donnait de lui à travers ses éditos. Je voyais déjà la tête de Sam à l’annonce de la non reconduction de son contrat. Voilà une solution moins radicale que la mort par strangulation !

J’allais retraverser la route quand un autre véhicule s’arrêta près de l’entrée. Sam en descendit. Mon coeur se mit à battre très vite. Je restai paralysé, à la fois par peur et par hargne. Je vis Sam s’agiter devant la porte d’entrée. Il semblait chercher quelque chose. Il recula et regarda en hauteur vers les fenêtes allumées du dernier étage. Je compris alors ce qu’il se passait. A cette heure tardive, le badge de Sam ne permettait plus d’ouvrir la porte d’entrée de la Boîte, il fallait un badge avec un niveau d’autorisation supérieur. Tout le staff de direction avait ce genre d’autorisation. Pas lui. Il avait dû suivre les autres, pensant participer à leur petit célébration, tout membre de l’équipe qu’il se croyait. Mais les autres n’avaient même pas songé un instant à lui, à l’attendre.

Je restai à le regarder une bonne dizaine de minutes. Il avait longé la Boîte dans les deux sens, cherchant à voir s’il n’était pas possible de passer par les entrées annexes. Mais là aussi il fallait un badge. Soudain, il tourna la tête vers moi. Il avait un regard mi-désespéré, mi-implorant. Il aurait fait une victime parfaite…

Mais le voir là, abandonné, cherchant à rentrer par tous les moyens, m’avait apaisé. C’était une image forte que de le voir ainsi. Cette porte close était symptomatique. Symptomatique de ce que serait toute la triste existence de Sam. Des ambitieux, des vaniteux comme lui, il y en avait à la pelle. Le staff du grand patron en était déjà plein. Une telle suffisance, en proportions exactement inverses aux talents et à l’intelligence, c’était déjà plus rare. Bien souvent Sam serait amené à faire le lèche-bottes, le toutou de son maître, dans le secret espoir d’une promotion, d’une place au plus haut de la hiérarchie. Très souvent sans doute il se retrouverait devant une porte qui refuserait de s’ouvrir. C’est ce qui arrive aux plus médiocres d’entre nous, aux toutous qui pleurnichent pour un peu d’attention. Désormais c’était sûr, le seul sentiment que m’inspirerait Sam le pathétique serait de la pitié.

A son regard suppliant je répondis par un clin d’oeil. Je jetai ma cigarette et rentrai chez moi.

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Souvenirs, souvenirs…

26 octobre 2007

Je viens de rentrer à la maison. Je reviens d’une soirée entre amis bien arrosée (juste ce qu’il faut). Du coup je suis rentré à pieds. En passant à côté de la gare en travaux, endroit où, paraît-il, la délinquance est en recrudescence, j’ai eu quelques ennuis. Une bande de jeunes - ils étaient quatre - jouaient au foot et ont décidé de me prendre pour cible.

Le pire c’est que j’en étais sûr dès que je les ai aperçus. J’ai un sixième sens pour ce genre de choses. J’ai pris un ballon fort dans le dos. J’ai presque pu le voir arriver derrière moi. Après avoir fait une remarque, j’ai évité le deuxième pour quelques millimètres, toujours dans mon dos, toujours en ayant deviné l’intention de mes “agresseurs”. Je suis parti très vite sans demander mon reste.

Pourquoi moi ? Pourquoi toujours et encore ? Sur le chemin du retour, de mauvais souvenirs me sont revenus en mémoire. Mon adolescence. Et puis je me suis rendu compte que je marchais mal. J’ai essayé de me concentrer pour redresser ma jambe handicapée. J’y suis arrivé sur quelques dizaines de mètres. Mais pas plus. J’ai boîté le reste du trajet. J’ai senti les larmes monter. Je ferais mieux d’aller me coucher…

Sam (partie 3)

25 octobre 2007

“Pardons, qu’est-ce que tu viens de dire ?” Je restais sous le choc de ce que venait de dire Sam. Payer ? Mais payer quoi ? Savait-il que j’avais fait des recherches sur son passé ? Impossible. Et pourtant, et si… Ou alors était-il vraiment psychopathe ? Voulait-il me faire payer d’avoir refusé à plusieurs reprises de me montrer sympathique ? D’avoir refusé de lui faire du café à toute heure de la journée ?…
- “Quoi ?
- Tu as dit quoi à l’instant ?
- Tu as très bien compris.
- Non justement, j’ai cru comprendre que tu allais me faire payer quelque chose et…
- Tu vois que tu as compris !
- Tu peux me dire ce que tu me reproches exactement ?
- Rien. Mais je fais partie de l’équipe du big boss maintenant. Je suis quelqu’un d’important, quelqu’un à qui les autres doivent le respect. Et pour se faire respecter, rien ne vaut la peur. Il me faut une victime, un exemple. Je sais que tu ne m’aimes pas, tu ne m’as jamais parlé d’égal à égal, tu ne reconnais pas ma valeur, ce sera donc toi. Autant joindre l’utile à l’agréable, non ?”

Je n’en croyais pas mes oreilles. L’Orgueil, immense, gigantesque, démesuré, avait pris forme humaine et parlait devant moi. Je ne pouvais en rester là : “Mais tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ?!! Tu es malade ou quoi ?! Tu as conscience de ces inepties, de ta propre ineptie ? Tu sais pourquoi je ne reconnais pas ta valeur ? Parce que tu n’en as aucune, en tout cas pas encore. Tu arrives ici, tu as tout à démontrer, tu n’es rien ni personne. Et si tu commences comme ça, je suis sûr que tu te feras écraser, comme la petite merde que tu es. Tu crois que tu fais partie de l’équipe du “big boss” comme tu dis ? Que parce que tu fais tes cartons pour passer du 3ème étage au 4ème tu es monté dans la hiérarchie ? Tu te trompes lourdement. Tu quittes un bureau obscur dans un couloir oublié pour en rejoindre un autre, en tout point pareil à celui-ci. Tu n’es rien ni personne, tu ne fais partie d’aucune équipe, tu es juste une petite merde sortie de nulle part qui vient faire un job dont personne d’autre ne voudrait. Un peu d’humilité n’a jamais fait de mal personne. Calme-toi, redescends sur terre ! Faire peur ? Tu crois que tu risques de faire peur à quelqu’un avec ta permanente, ton dos voûté, le blouson de ton grand-père sur le dos et ton air de déjà vieux con à 25 ans ?…”

A voir son oeil vitreux, son regard resté vide durant ma mise au point, je doutais qu’il ait compris le moindre mot sorti de ma bouche, je me demandais même s’il avait écouté, s’il ne se mettait pas en mode “veille” quand ça l’arrangeait (ou pas). J’étais presque déçu. J’étais prêt pour le combat et mon gladiateur bedonnant rendait déjà les armes.

“On en reparlera…” me lança-t-il avant de quitter mon bureau, un sourire au coin des lèvres tout de même un rien inquiétant, je dois l’avouer. Les serial killers ne sont jamais de grands beaux gosses baraqués, vous avez remarqué ?

Durant les semaines qui suivirent, je n’entendais plus parler de Sam. Du moins pas tout à fait…

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Bunny suicides (suicides de lapins)

24 octobre 2007

Tout simplement hilarantes ces vignettes sur les suicides de lapins !

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réveil-chat ou chat-matin ?

24 octobre 2007

Vu chez Embruns :

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Sam (partie 2)

23 octobre 2007

Je me souviens avoir souri le midi. Sam n’était pas dans son bureau. Sans doute parti déjeuner seul comme une âme en peine m’étais-je dit. Mais arrivé sur le péron de la Boîte, je ne pus que constater que Sam nous avait devancés et nous attendait. Mes collègues faisaient la même tête que moi. La suite fut une longue course de positionnement sur le trajet menant de la Boîte au restaurant, une course stratégique pour éviter de manger à côté de Sam et de subir son insupportable conversation. A ce petit jeu, je m’en sortais plutôt très bien : je me retrouvais translativement opposé à Sam, à l’autre bout de la table.

Je passais le plus agréable des repas à discuter avec des amis de longue date, des collègues avec qui ces moments étaient de rares privilèges, occasions de parler enfin d’autre chose que des dossiers B22 ou C75. En quittant le restaurant, Sylvie me prit le bras et me dit en apparté : « tu savais que Sam sortait de Polytechnique ?
- Tu rigoles ?!!
- En tout cas c’est ce qu’il a raconté à table. »

La prétention et l’orgueil du personnage pouvaient cadrer avec une grande école, sa bêtise incommensurable non. Je décidais de mener mon investigation dès le retour au boulot. Je hâtais même le pas. Je voulais en avoir le coeur net. Quelques minutes plus tard je faisais « un Google » sur Sam (j’avais pris l’habitude de faire des recherches lsur les personnes via Google un jour où Michel nous avait juré avoir vécu une histoire d’amour torride avec Stéphanie de Monaco en 1985 sur les plages de la Grande Motte. Il prétendait que le « Comme un ouragan qui passait sur moi » du single « Ouragan » était une référence, un hommage secret à leur histoire. J’avais alors tenté une vérification sur Google qui m’avait permis de constater que Stéphanie n’était jamais allée en vacances à la Grande Motte. Sans ce moteur de recherche, le doute aurait subsisté et le mensonge de Michel n’aurait jamais été démasqué. Mais je m’égare là…)

Je jubilais devant mon écran. Tout était là. Sam avait étudié dans un obscur établissement, la « Polytechnic School of Amiens », où il avait décroché une maîtrise en marketing politique et un diplôme d’ingénieurat en sciences para économiques. On y enseignait des techniques aussi étranges que la stigmergie, le wanagement ou le rapport d’étonnement. Etait-ce par honte ou à dessein que Sam résumait sa provenance par « Polytechnique » ? Pour moi ça ne faisait aucun doute, le garçon était aussi un dangereux mythomane mégalo.

Le lendemain, Sam vint me trouver dans mon bureau. Il venait m’annoncer qu’il avait été définitivement recruté pour devenir assistant auprès du sous-directeur adjoint à la vice-présidence de la Boîte. Il allait gérer l’édito du grand patron dans la lettre d’information hebdomadaire diffusée aux salariés et que personne ne lisait (à part en période de grève pour connaître l’heure du barbecue revendicatif). Il était presque en transe. Nul doute que s’il avait été un caniche (ça lui aurait bien été avec son improbable permanente), il se serait excité sur la jambe de tous ceux qui auraient croisé sa route ce jour-là.

Il se retourna avant de quitter la pièce : « maintenant que je fais partie de l’équipe de direction, tu vas me payer ça »…

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Sam (partie 1)

22 octobre 2007

Sam est arrivé dans la Boîte l’été dernier. C’est le grand patron qui est venu nous le présenter, comme il en avait l’habitude avec tous les stagiaires recrutés pour la période estivale. Et comme nous en avions l’habitude en pareille occasion, nous avons salué le nouveau stagiaire sans chercher à retenir ni son nom, ni les tâches et missions qui présidaient à son recrutement temporaire. Sam s’est retrouvé dans un bureau au bout du long couloir oublié. Suffisamment loin pour que j’oublie jusqu’à son existence. Parfois, je voyais sa silhouette de grand benet passer à travers le couloir, ou bien je le croisais lors d’une de mes rares sorties au-delà du coin de ma table. Je lui accordais si peu d’attention que c’était comme croiser une ombre. Et puis je suis parti en vacances, loin, très loin de la Boîte.

A mon retour, Anaïs m’a raconté ses vacances à elle. Puis ça a été mon tour, puis on a fait le point sur le manque d’activité dans la Boîte. Elle avait fait connaissance et bien rigolé avec Sophie et Stéphane, les stagiaires du fond. Et puis Sam aussi. Qui ? Sam. C’est alors que j’ai été obligé d’apprendre à connaître Sam. Pour une raison obscure, le grand patron avait demandé à Sam et Stéphane de venir s’installer dans le bureau en face du mien. Ca a été le début des emmerdes.

Sam s’est d’abord mis à entrer dans mon bureau quand ça lui chantait, il interrompait les conversations en cours, professionnelles ou non, quel que soit l’interlocuteur, il se servait le café que je réservais à quelques privilégiés et à moi-même, il en réclamait quand il n’y en avait plus, à toute heure, sans jamais se proposer de le faire ou d’en ramener. Puis il a franchi une étape : il s’est mis à épier les conversations, à acquiescer ou contester depuis l’autre côté du couloir, à venir donner un avis que personne ne lui demandait.

Un jour nous avons organisé un déjeuner entre collègues, la fine équipe, la même depuis des années. Sam en a entendu parlé. Il est venu me demander s’il pouvait participer. Je ne voulais pas être rude, mais je voulais encore moins le voir à ma table. Je n’ai pas répondu. Je me suis dit qu’il comprendrait qu’il n’était pas désiré. Ce que je n’avais pas compris à l’époque, c’est que Sam se contrefichait d’être désiré. Ou plutôt, il n’était pas concevable dans son esprit malade qu’il ne le soit pas. Pour ce monstre de prétention, ne pas être désiré n’était pas une option…

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Lecture du 22 octobre

21 octobre 2007
Le ministre de l’Education Xavier Darcos a appelé dimanche à mettre fin à la “querelle” autour de la lecture de la lettre de Guy Môquet à tous les lycéens prévue lundi, qui n’est selon lui qu’”un moment pédagogique”.

“Il faut arrêter cette querelle. C’est un moment pédagogique”, a plaidé le ministre sur France 5, récusant toute instrumentalisation de l’Histoire à des fins politiques.

20 minutes - Lecture de la lettre de Guy Môquet: Darcos appelle à stopper la “querelle”

On a beaucoup parlé de cette lecture de demain. Le ministre évoque un moment pédagogique. Reste seulement à savoir exactement de quelle pédagogie on parle… Il s’agirait d’apprendre aux lycéens qu’avoir 17 ans et être sur le point de mourir c’est émouvant ?…

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Goran Bregovic en concert à Amiens

19 octobre 2007

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Hier soir j’étais au concert que donnait Goran Bregovic au cirque d’Amiens dans le cadre du festival Picardie Mouv, organisé par la Région Picardie.

Comme beaucoup, je connaissais Bregovic au travers de ses musiques pour les films de Kusturica. La première fois, c’était In the Death Car, chanson à succès interprétée par Iggy Pop sur la bande originale de Arizona Dream. Puis Underground bien entendu. Mais je n’avais jamais vu un de ses concerts.

Nous y sommes allés entre amis, dont plusieurs qui ne savaient pas qui était Bregovic encore quelques jours avant le concert. Certains étaient dubitatifs au début, et pourtant que la fête a été belle, et ce dès les premières minutes jusqu’au bout des 2h30 que Goran sera resté en scène avec ses musiciens. Que de bonne humeur, de joie de vivre sur scène et dans les tribunes ! Et un Bregovic rieur parlant un français parfait, ravi de vivre ce grand moment dans une petite salle remplie de Picards venus faire la fête avec leurs frères slaves.

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Ma voisine

17 octobre 2007

Ma voisine est un être étrange. Arrivée cet été dans le petit studio aménagé sous les combles au-dessus de mon appartement, elle est venue se présenter et puis je ne l’ai plus jamais revue. Je ne suis pas inquiet, je sais qu’elle est là, je sais qu’elle est toujours vivante car elle s’applique à laisser toute sorte de traces de sa présence.

Elle a commencé dès les premiers jours avec une drôle d’habitude : laisser la porte de l’immeuble ouverte en quittant les lieux. Je cherche encore l’intérêt d’une telle pratique. Quand je dis ouverte, ce n’est pas entrouverte, c’est un vrai appel d’air sur la rue. Comme l’interphone ne marche pas dans l’immeuble, j’avais un temps pensé à la paresse de redescendre ouvrir à ses amis, avant de réaliser que la porte restait ouverte après son départ. Après tout c’est elle qui a raison. C’est tellement convenu de fermer une porte derrière soi, il faut savoir innover, aller contre la pensée unique. Les propriétaires ont en tout cas beaucoup apprécié cette bouffée d’air frais soufflant sur les pratiques locatives traditionnelles.

Cherchant manifestement à se renouveler sans cesse, ma voisine a ensuite décidé du jour au lendemain de se mettre à sortir les poubelles le mauvais jour. Ce qui m’a donné une occupation (rentrer les poubelles) à mon retour du travail ou à mon départ le matin. Elle s’est aussi mise à écouter la radio très fort du lever au coucher, sans interruption, juste ce qu’il faut pour faire du gros son qui résonne chez moi tout en n’étant pas assez fort pour justifier que je m’adonne à la pratique sportive du montage d’étage avec réprimandage de vieux con.

Et puis dernièrement, comble de l’innovation voisinagesque, elle a décidé de se trouver un mec. A deux, on peut expérimenter plein de nouvelles pratiques. Ami lecteur, je te vois venir avec ton esprit mal placé, sauf que tu dois comprendre que ma voisine ne fait vraiment rien comme tout le monde. Et son homme non plus. Car qui se ressemble s’assemble, c’est bien connu. Et plutôt que de s’assembler au moment d’aller se coucher, ou encore de s’assembler toute la nuit, ils ont décidé que eux, ils allaient se coucher, ils dormaient, et qu’à 2h15 ou 4h30, au choix ça dépend du week end (ah oui il n’est là que le week end) ils s’assemblaient. Et puis moi, le gars sympa, qui aurait pu aller jusqu’à supporter des bruits de ressorts à la Delicatessen, j’ai vraiment eu du bol : ils m’ont encore une fois surpris avec un lit, probablement en carton, qui se déplace dans la pièce et résonne de ses vonk vonk dans toutes les pièces de mon appart. Heureusement le copain de ma voisine est un rapide. Il assemble très vite puis a besoin de repos. Par contre, toujours dans l’originalité, il ponctue ses fins d’assemblages de cris d’adolescent en phase de mue, passant allègrement du très grave au très aigu.

Vraiment, je ne dirai jamais assez merci à ma voisine pour toutes ces délicates attentions…

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