J’habite dans un vieil appartement qui est en réalité une maison réorganisée en : une crèche au rez-de-chaussée, mon appart au 1er étage, et un petit appart d’étudiant aménagé dans l’ancien grenier. Il y a quelques mois de ça, suite à des problèmes d’inondations à la cave et d’odeurs de moisi persistantes, la voisine du dessus et moi-même décidons de garder les fenêtres de la cage d’escalier ouvertes jour et nuit pour aérer au maximum l’endroit.
Un dimanche en fin de journée, j’ouvre la porte de mon appartement pour sortir mes poubelles, et suis alors agressé par une toute autre odeur que celle de moisissure, une puanteur ammoniaquée. Bref, ça empeste la pisse de chat ! Je devine alors qu’un chat a dû entrer par une fenêtre et pisser partout dans la cage d’escalier. Ce que je ne devine pas à cet instant, c’est que l’animal est toujours là. C’est une fois arrivé au demi-étage qui me sépare du hall d’entrée, mes poubelles à la main, que je le vois, appuyé contre le mur, me regardant fixement, sans broncher. C’est un horrible, gros et vieux matou. Vu son âge, je me dis qu’il a dû descendre jeter un œil au couloir et être incapable de remonter d’où il était venu. Je décide de m’approcher tout doucement pour ne pas lui faire peur, mon idée étant de lui ouvrir la porte donnant sur la rue pour qu’il puisse s’échapper.
A peine ai-je fini de descendre les marches que ce con pique un sprint en direction de la porte et s’explose littéralement dessus, un peu comme dans un cartoon ! Encore aujourd’hui, je me demande comment cet abruti a pu imaginer réussir à passer au travers… Toujours est-il que je tente tout de même de m’approcher, tout en lui parlant doucement et en lui disant qu’il n’a rien à craindre, comme si ce con pouvait comprendre. Je réussis à atteindre sa hauteur et la poignée de la porte sans qu’il bouge, un exploit ! Mais cet imbécile repart tout à coup à toute blinde en sens inverse et monte les escaliers jusqu’au palier intermédiaire. Là, il essaie d’atteindre la fenêtre d’un bond, mais est effectivement trop court d’à peine 2 ou 3 cm.
Il se retourne, s’immobilise et me regarde à nouveau fixement. Cette fois c’est moi qui prends peur, car je réalise qu’un demi-étage au-dessus du chat, la porte de mon appart est restée entrouverte, et j’ai vraiment envie de tout sauf de faire la course au vieux matou à travers les pièces de la maison. J’ouvre la porte d’entrée de l’immeuble dans l’espoir de le voir dévaler les marches pour retrouver l’air libre. Mais ce poltron a trop peur de moi, ne bouge pas d’un poil et continue à me fixer. Le problème venant manifestement de ma présence, je fais le choix de sortir dans la rue et de prendre quelques mètres de distance pour lui laisser le champ libre. Je reste là comme un con pendant peut-être une minute, espérant le voir débouler et prendre la fuite d’une seconde à l’autre. Rien… Je me rapproche pour jeter un œil, l’animal n’est plus là !!
Mon sang ne fait qu’un tour et je me dis que la bête est entrée chez moi ! Je remonte chez moi en trombe et entreprend de retrouver ce putain de bestiau de mes deux. Mon appartement fait 60m² et offre finalement assez peu de cachettes potentielles, ça ne devrait pas être bien long pour le débusquer. Sauf que… Au bout de 20 minutes à tourner en rond de pièce en pièce, je dois me rendre à l’évidence : pas la moindre trace du chat. Pourtant j’ai regardé partout, fait beaucoup de bruit, donné des coups dans les murs pour lui faire peur. J’ai même mis en route l’aspirateur (tous les chats que j’ai eus das ma vie en avaient une peur panique), rien !
Je commence donc à me poser des questions. Et si dans un dernier effort, aidé par la peur, il avait réussi à accrocher le rebord de la fenêtre du couloir et à sortir ? Ou bien alors, peut-être est-il planqué sur le pallier du 2ème, devant la porte de la voisine (absente soit dit en passant, faut bien entendu que ça tombe sur moi cette histoire) ? Je monte donc à l’étage supérieur, mais pas de chat là non plus. Logiquement, il est donc vraiment ressorti par la fenêtre.
Je rentre chez moi. Dans un dernier doute, pour être vraiment sûr, je laisse la porte de mon appart entrouverte, et je pousse jusqu’à faire une assiette avec du thon et des crevettes que je mets sur mon paillasson. A minuit, au moment d’aller me coucher, l’assiette est intacte. Le chat est donc bien parti. Malgré tout, je ne suis pas tranquille, toute cette histoire m’a un peu stressé, et la nuit je vais mal dormir. Je vais rêver du chat. Je vais même me réveiller en sursaut en croyant entendre du bruit dans la chambre.
Le lendemain au bureau, je raconte l’histoire aux collègues. On en rigole. Et puis je rentre chez moi. J’ouvre la porte, et là je suis accueilli par la même horrible odeur que la veille dans le couloir. Une seule conclusion s’impose : ce putain de chat est toujours là !! Cette fois je suis prêt à retourner tout l’appart mais je vais le trouver cet enfoiré ! L’odeur de pisse vient exclusivement de ma chambre. En toute logique il devrait être là-dedans. Je tourne et retourne les lieux mais ne trouve rien. Je suis à bouts de nerfs. Je vais craquer. J’essaie de me poser, de prendre le temps de respirer. Concentrons-nous. Concentrons-nous sur l’odeur. Elle vient plus fortement du coin où se trouve mon bureau que d’ailleurs. Je regarde sous le bureau mais ne vois rien. Je me mets quand même à 4 pattes pour mieux voir…
Et là stupeur ! Dans un recoin, derrière la planche de bois qui forme l’arrière du bureau, au-dessus d’un carton, je vois une patte, et un œil qui me fixe. Cette vision a quelque chose d’effrayant, je mets au moins 2 ou 3 secondes à m’en remettre. L’animal, lui, n’a pas esquissé le moindre mouvement, il est comme empaillé et ne semble pas vouloir bouger. Cette fois, je prends le temps de réfléchir et de m’organiser. Je m’en vais m’armer d’un balai, ferme toutes les portes de toutes les pièces de l’appartement à l’exception de la porte d’entrée, et je descends ouvrir la porte de l’immeuble. A mon retour dans l’appartement, le chat est toujours là où je l’ai laissé. Je me mets de nouveau à 4 pattes, aussi loin que possible du bureau. J’attrape le balai par le bas du manche, et je commence à allonger le bras. Il me faudra donner 3 ou 4 coups au chat pour que celui-ci bouge, se déplie péniblement, presque lentement, pour sortir de sa planque avant d’accélérer et de disparaître à jamais dans le couloir de l’immeuble.
Ensuite, il me faudra encore sortir le carton sur lequel était perché le chat, constater que celui-ci était complètement imbibé de pisse et me résoudre à le jeter avec tout son contenu : mes décorations de noël, patiemment achetées année après année. Pendant une semaine entière, je vais passer mon temps à nettoyer le plancher de la chambre, au moins 3 ou 4 fois par soir, et dormir dans mon canapé faute de réussir à faire disparaître l’odeur de la chambre.
Encore aujourd’hui, en fonction du temps et de la température, ça sent un peu l’urine de chat à proximité de mon bureau. Dans ces moments-là, je me dis que finalement j’ai eu de a chance, et que si ce vieux chat n’avait pas été tétanisé par la peur, il aurait peut-être saccagé l’appartement et pissé partout. En tout cas, même pour descendre les poubelles au rez-de-chaussée, je referme désormais toujours la porte derrière moi…